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Surveillance nationale de la sensibilité aux antimicrobiens de Neisseria gonorrhoeae Rapport sommaire 2005-2008

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Unité des streptocoques et des ITS, Division de la bactériologie et des maladies entériques, Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada

Remerciements

Les résultats présentés dans ce rapport ont été obtenus grâce aux isolats deNeisseria gonorrhoeae qui ont été aimablement transmis par les hôpitaux ou les laboratoires provinciaux de santé publique suivants :

British Columbia Centre for Disease Control, Vancouver (Colombie-Britannique) :
Dre Linda Hoang, Ingrid Pocock, Ana Paccagnella

Provincial Laboratory of Public Health for Northern Alberta, Edmonton (Alberta) :
Dre Marie Louie, Marguerite Lovgren

Provincial Laboratory of Public Health for Southern Alberta, Calgary (Alberta) :
Dr Marie Louie, Marguerite Lovgren

Saskatchewan Disease Control Laboratory, Regina (Saskatchewan) :
Dr Greg Horsman, Evelyn Nagle, Rosanne Kitzul

Laboratoire provincial de Cadham, Winnipeg (Manitoba) :
Dr Paul Van Caessele, Sandra Giercke, Denise Sitter

Laboratoires de santé publique, Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, Etobicoke (Ontario) : Dre Vanessa Allen, Prasad Rawte, Lynn Towns, Dayle Noda

Laboratoire de santé publique du Québec, Ste-Anne-de-Bellevue (Québec) :
Dre Anne-Marie Bourgault, Dre Brigitte Lefebvre

Queen Elizabeth II Health Science Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) Hôpitaux régionaux du Nouveau-Brunswick : Dr Lewis Abbott, Dr Richard Garceau

Queen Elizabeth Hospital, Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) :
Dr Lei Ang

Terre-Neuve Public Health Laboratory, St. John’s (Terre-Neuve) :
Dr Sam Ratnam, Sandra March

Stanton Territorial Hospital Laboratory, Yellowknife (Territoires du Nord- Ouest)

Sommaire

  • La gonorrhée est un problème de santé publique majeur au Canada et ses taux sont en hausse depuis 1997.
  • Un traitement antibiotique efficace est un élément vital de la lutte contre les infections gonococciques et l’impact de la résistance aux antimicrobiens chez Neisseria gonorrhoeae est extrêmement préoccupant. Au fil du temps, N. gonorrhoeae est devenu résistant à de nombreux antibiotiques, comme la pénicilline, la tétracycline, l’érythromycine et la ciprofloxacine.
  • Au Canada, la résistance à la ciprofloxacine chez N. gonorrhoeae a augmenté à un tel point que cet antibiotique ne peut plus être envisagé comme traitement de première intention. Le nombre d’isolats de N. gonorrhoeae résistants à la ciprofloxacine par rapport à tous les isolats testés est passé de 59 en 2000 (1,3 %) à 858 en 2008 (22,0 %).
  • Pour la gonorrhée, les lignes directrices canadiennes en matière de traitement recommandent la ceftriaxone par voie intramusculaire à raison de 125 mg en dose unique ou le céfixime par voie orale à raison de 400 mg en dose unique. Des cas d’échec du traitement par les céphalosporines orales et de réduction de la sensibilité in vitro ont été signalés en Asie et en Australie. Sous l’égide de l’OMS et des CDC s’est déroulée en avril 2010 une consultation mondiale sur la réponse stratégique à l’émergence de la résistance aux céphalosporines chez N. gonorrhoeae.
  • Au Canada, on observe une augmentation au fil du temps des CMI des céphalosporines de 3e génération. On a observé un déplacement du mode des CMI de la ceftriaxone et du céfixime de 0,016 μg/ml en 2000 à 0,032 μg/ml en 2008. Dans trois isolats (un en 2004, un en 2007 et un en 2008), la CMI du céfixime était égale à 0,5 μg/mL, ce qui correspond à une sensibilité réduite.
  • Entre 2000 et 2008, on a noté une hausse de la prévalence des isolats classés dans la catégorie Neisseria gonorrhoeae présentant une résistance à médiation chromosomique, tandis que celle de toutes les souches présentant une résistance à médiation plasmidique était à la baisse.
  • L’un des défis auxquels doivent faire face les laboratoires qui surveillent la résistance aux antimicrobiens de N. gonorrhoeae est l’abandon du recours aux cultures (nécessaires pour la réalisation des tests de sensibilité aux antimicrobiens) au profit du test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) pour le diagnostic de la gonorrhée.
  • En 2010, on a commencé à mettre sur pied au Canada un système de surveillance sentinelle de N. gonorrhoeae en vue de recueillir des données épidémiologiques et de laboratoire intégrées. Les objectifs de la surveillance seraient de déterminer la prévalence et les tendances de la résistance aux antimicrobiens chez N. gonorrhoeae dans le but d’élaborer des interventions en santé publique fondées sur des données probantes à l’échelle des populations, de caractériser les souches de N. gonorrhoeae tant sensibles que résistantes aux antimicrobiens afin de comprendre leur propagation au Canada et d’orienter les lignes directrices canadiennes en matière de prise en charge des ITS.

Introduction

Neisseria gonorrhoeae est l’agent étiologique de la gonorrhée, la deuxième infection bactérienne transmise sexuellement la plus couramment déclarée au Canada, avec 12 723 cas signalés en 2008 (1). Le taux national de gonorrhée est en hausse et a augmenté de 156,3 %, passant de 14,9 pour 100 000 en 1997 à 38,2 pour 100 000 en 2008 (1) (figure 1). Le contrôle et le traitement de cette infection sont rendus plus compliqués par la capacité de N. gonorrhoeae d’évoluer et de développer une résistance à bon nombre d’antibiotiques utilisés pour la traiter, y compris les pénicillines, les tétracyclines, les macrolides et les quinolones (2,3). Une autre difficulté tient à l’abandon de la culture au profit du test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) pour le diagnostic de la gonorrhée, ce qui limite la disponibilité des cultures pour les tests de sensibilités aux antimicrobiens. Le Laboratoire national de microbiologie (LNM) surveille la sensibilité aux antimicrobiens de N. gonorrhoeae depuis 1985, et ses résultats contribuent à enrichir les Lignes directrices canadiennes sur les infections transmises sexuellement en ce qui concerne le traitement de la gonorrhée.

Méthodes

Les souches de N. gonorrhoeae ont été transmises au LNM par des cliniques de traitement des infections transmises sexuellement et par des laboratoires provinciaux de santé publique pour l’évaluation de leur résistance aux antimicrobiens (tableau 1).

Tableau 1. Nombre d’isolats de Neisseria gonorrhoeae testés pour chaque province, 2000-2008

Province 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 Total
Colombie-Britannique 161 101 207 115 146 117 86 95 104 1132
Alberta 52 36 26 34 57 50 96 189 55 595
Saskatchewan 7 5 36 17 42 49 39 34 1 230
Manitoba 35 35 39 45 26 54 53 2 3 292
Ontario 680 805 482 437 442 452 855 705 539 5397
Québec 221 181 177 138 137 179 392 391 230 2046
Nouveau-Brunswick 2 1 1 1 2 2 2 8 5 24
Nouvelle-Écosse 43 69 192 4 1 1 0 0 0 310
Terre-Neuve 3 0 3 9 0 1 9 14 10 49
Île-du-Prince-Édouard 0 0 0 0 2 0 0 0 0 2
Territoires du Yukon 2 1 0 0 0 0 0 0 0 3
Nombre total d’isolats testés au LNM 1206 1234 1163 800 855 905 1532 1438 947 10080
Nombre total d’isolats résistants à au moins un antibiotique 1092 1100 926 703 802 850 1472 1395 929 9269
Nombre total d’isolats testés dans chaque province 4458 4591 4465 4235 4018 3619 4201 4275 3907 37769
Nombre total de cas signalés au Canada 6189 6756 7365 8241 9317 9199 11334 11873 12723 82997

Les laboratoires provinciaux envoient des isolats au LNM s’ils décèlent une résistance à au moins un antibiotique ou s’ils n’effectuent aucune évaluation de la sensibilité aux antimicrobiens. L’envoi d’isolats est volontaire et n’est pas normalisé à l’échelle nationale. L’interprétation globale des résultats est difficile en raison des limites liées aux isolats disponibles pour les tests. Par conséquent, pour calculer la proportion de souches résistantes, on a utilisé comme dénominateur le nombre total d’isolats cultivés dans chaque province et territoire. Afin de normaliser les tests de sensibilité effectués par les différents laboratoires, on procède à des vérifications de compétence deux fois par année. On a déterminé la concentration minimale inhibitrice ou CMI (la concentration minimale d’antibiotique qui inhibe la croissance du microorganisme) à l’aide de la méthode de dilution en gélose et les interprétations ont été formulées à partir des critères établis par le Clinical Laboratory Standards Institute (tableau 2). Les définitions correspondant à la caractérisation de la résistance sont indiquées au tableau 3. De plus, tous les isolats ont été caractérisés par auxotypage, analyse du profil plasmidique, production de la β-lactamase et présence du déterminant tétM.

Tableau 2. Critères de résistance aux antimicrobiens de Neisseria gonorrhoeae Références interprétatives de la CMI utilisées pour déterminer les plages de concentrations d’antibiotique dans le milieu de culture à utiliser pour tester N. gonorrhoeae conformément aux recommandations du Clinical and Laboratory Standards Institute (4) sauf pour l’érythromycine (5) et l’azithromycine (6, 7).

Antibiotique Référence interprétative de la CMI (mg/L) Source de l’antibiotique
S I R SR
Pénicilline ≤ 0,06 0,12- 1,0 ≥ 2,0 Sigma #P 7794
Tetracycline ≤ 0,25 0,5 - 1,0 ≥ 2,0 Sigma #T 3383
Erythromycine ≤ 1,0 ≥ 2,0 Sigma #E 5389
Spectinomycine ≤ 32,0 64,0 ≥ 128,0 Sigma #S 9007
Ceftriaxone ≤ 0,25 > 0,25 Sigma #C 5793
Ciprofloxacine ≤ 0,06 0,12 - 0,5 ≥ 1,0 Bayer Health Care
Cefixime ≤ 0,25 > 0,25 Wyeth - Ayerst
Azithromycine ≤ 1,0 ≥ 2,0 Pfizer

S= Sensible, I=Intermédiaire, R= Résistant, RS= Sensibilité réduite

Tableau 3. Définitions utilisées pour la caractérisation de la résistance aux antimicrobiens de Neisseria gonorrhoeae

Caractérisation Définition
NGPP Neisseria gonorrhoeae producteur de pénicillinase CMI Pén ≥ 2,0 mg/L, positif pour β-lactamase, plasmide β-lactamase (plasmide de 3,05, 3,2 ou 4,5 Md)
NGRT Neisseria gonorrhoeae résistant à la tétracycline CMI Tét ≥ 16,0 mg/L, plasmide de 25,2 Md, positif pour PCR de Tét M
NGRC Neisseria gonorrhoeae présentant une résistance à médiation chromosomique CMI Pén ≥ 2,0 mg/L, CMI Tét ≥ 2,0 mg/L mais ≤ 8,0 mg/L, et CMI Éry ≥ 2,0 mg/L
NGRC probable Neisseria gonorrhoeae présentant probablement une résistance à médiation chromosomique Une des valeurs de CMI de Pén, Tét, Éry = 1 mg/L, les 2 autres ≥ 2,0 mg/L
RPén Neisseria gonorrhoeae résistant à la pénicilline CMI Pén ≥ 2,0 mg/L, négatif pour β- lactamase
RTét Neisseria gonorrhoeae résistant à la tétracycline CMI Tét ≥ 2,0 mg/L mais ≤ 8,0 mg/L
RÉry Neisseria gonorrhoeae résistant à l’érythromycine CMI Éry ≥ 2,0 mg/L
RCip Neisseria gonorrhoeae résistant à la ciprofloxacine CMI Cip ≥ 1,0 mg/L
RAz Neisseria gonorrhoeae résistant à l’azithromycine CMI Azi ≥ 2,0 mg/L
RSpec Neisseria gonorrhoeae résistant à la spectinomycine R Spec ≥ 128 mg/L
SRCx Neisseria gonorrhoeae à sensibilité réduite à la ceftriaxone CMI Cx ≥ 0,5 mg/L
SRCe Neisseria gonorrhoeae à sensibilité réduite au céfixime CMI Cé ≥ 0,5 mg/L

Résultats et discussion

Sur les 10 080 isolats testés au LNM entre 2000 et 2008, 9 269 (91,9 %) se sont révélés être résistants à au moins un des antibiotiques suivants : pénicilline, tétracycline, ciprofloxacine, azithromycine et érythromycine. Au total, 723 isolats (7,1 %) étaient sensibles à tous ces antibiotiques. En 2008, 23,8 % (929 sur 3 907) de tous les isolats de N. gonorrhoeae testés étaient résistants à au moins un antibiotique (figure 1). La caractérisation de chaque isolat de N. gonorrhoeae résistant est présentée au tableau 4.

Figure 1

Tableau 4. Caractérisation de tous les isolats de Neisseria gonorrhoeae envoyés au Laboratoire national de microbiologie de 2000 à 2008

Caractérisation 2000 2001 2002 2002 2004 2005 2006 2007 2008 Total
Résistance à médiation plasmidique NGPP 21 43 44 73 41 17 26 12 10 287
NGPP/RCip 2 11 6 5 3 10 3 3 13 56
NGPP/RCip/RÉry 1 1 2 0 0 1 0 0 0 5
NGPP/RCip/RTét 3 3 3 3 7 3 2 0 0 24
NGPP/RTét 108 66 14 16 12 6 10 6 1 239
NGPP/RÉry 0 6 0 1 2 0 0 1 3 13
NGPP/NGRC 125 96 27 8 15 0 5 3 0 279
NGPP/NGRC/ RCip 0 0 0 0 0 0 0 0 5 5
NGPP/NGRT 33 37 48 26 24 8 10 4 10 200
NGPP/NGRT/ RCip 7 7 20 17 22 23 31 9 31 167
NGPP/NGRT /RCip/RÉry 1 7 4 4 2 1 4 4 4 31
NGPP/NGRT/ RÉry 6 1 1 0 0 0 0 0 0 8
NGPP/NGRT/ AziR/RCip/RÉry 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1
NGRT 102 236 106 57 112 82 84 37 29 845
NGRT/RCip 1 10 6 8 4 14 12 11 8 74
NGRT/RCip/RÉry 2 6 1 3 1 2 1 3 3 22
NGRT/RÉry 8 4 1 3 1 1 5 0 0 23
NGRT/RPén 38 3 0 0 1 1 0 0 0 43
NGRT/RCip/RPén 0 0 0 0 0 0 0 1 1 2
NGRT/NGRC 1 0 0 0 0 0 0 0 0 1
NGRT/NGRC/ RCip 1 1 1 1 1 0 0 2 5 12
Résistance à médiation chromosomique AziR/RÉry 0 0 0 0 3 3 3 0 0 9
AziR/RÉry/RTét 0 0 0 0 1 1 0 2 0 4
AziR/RCip 0 0 0 0 0 1 0 0 0 1
AziR/RCip/ RÉry/RTét 0 0 0 0 0 1 0 0 0 1
AziR/RCip/RÉry 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1
SRCe/RCip 0 0 0 0 0 0 0 1 0 1
SRCe/RCip/RÉry 0 0 0 0 0 0 0 0 1 1
RCip 5 13 3 11 27 44 163 161 87 514
RCip/RÉry 2 4 0 1 7 8 54 214 62 352
RCip/RÉry/RTét 1 0 8 9 39 39 22 28 8 154
RCip/RTét 4 5 16 12 30 71 100 34 48 320
RCip/RPén 0 0 0 0 0 1 6 0 2 9
RÉry 16 4 4 4 4 8 7 2 0 49
RÉry/RTét 49 8 21 29 32 23 16 0 0 178
RPén 0 2 2 0 0 0 2 0 1 7
RPén/RTét/ RCip/SRCe 0 0 0 0 1 0 0 0 0 1
RPén/RTét 0 0 0 0 0 0 0 3 2 5
RTét 105 148 194 154 125 67 37 23 9 862
NGRC 167 139 162 49 43 10 6 3 3 582
NGRC/RAzi 5 3 10 1 1 0 3 0 0 23
NGRC/RCip 5 30 16 12 47 209 514 494 375 1 702
NGRC/RAzi/RCip 0 0 0 0 0 2 2 2 4 10
NGRC Probable 257 185 195 182 145 55 24 11 5 1 059
NGRC Probable /RCip 16 21 11 14 49 137 320 318 198 1 084
NGRC Probable /RAzi/RCip 0 0 0 0 0 1 0 1 1 3
Souche sensible 104 114 222 76 48 48 56 37 18 723
Contamination ou absence de croissance Croissance insuffisante/ nulle/ contamination 10 20 15 21 5 7 4 6 0 88
Total 1206 1234 1163 800 855 905 1532 1438 947 10080

Entre 2000 et 2008, on a observé une augmentation de la prévalence des isolats de N. gonorrhoeae de type NGRC, tandis que pour celle des souches présentant une résistance à médiation plasmidique (NGPP, NGRT et NGPP/NGRT), la tendance était à la baisse, comme l’indique la figure 2. Le taux d’isolats de NGRC a augmenté, passant de 3,9 % en 2000 (177 cultures sur 4 458) à 9,8 % en 2008 (382 cultures sur 3 907) et 5,2 % des isolats ont été classés dans la catégorie des souches NGRC probable. Durant la même période, le taux d’isolats de NGPP a diminué de 3,0 % (135 cultures sur 4 458) à 0,7 % (27 cultures sur 3 907). Le taux d’isolats de NGRT a diminué de 3,4 % (151 cultures sur 4 458) en 2000 à 1,05 % (41 cultures sur 3 907) en 2008 (figure 2).

Figure 2

Les souches de N. gonorrhoeae résistantes à la cirofloxacine représentaient 11,0 % (4 601 sur 37 769) de toutes les souches isolées entre 2000 et 2008 (figure 3). Le nombre d’isolats a augmenté, passant de 59 en 2000 (1,3 %) à 858 en 2008 (22,0 %). Le mode des CMI de la ciprofloxacine est passé de 0,016 μg/mL en 2000 à 16,0 μg/mL en 2008 (figure 4). Sur les 858 isolats résistants à la ciprofloxacine caractérisés en 2008, 89,8 % (n = 771) étaient également résistants à au moins un autre antibiotique; 379 (44,2 %) étaient de type NGRC. Les isolats résistants à la ciprofloxacine prédominent dans les provinces du Centre et de l’Ouest.

Parmi tous les isolats caractérisés entre 2000 et 2008 dans les provinces du Centre, 9,9 % étaient résistants à la ciprofloxacine (n = 3759). Durant la même période, 2,1 % de toutes les cultures de N. gonorrhoeae isolées dans la région de l’Ouest étaient résistantes à la ciprofloxacine (n = 794). Les taux de résistance à la ciprofloxacine dans les provinces des Prairies et de l’Est étaient considérablement moins élevés, à 0,05 % et 0,08 % respectivement (figure 3).

Figure 3

Figure 4

La résistance à l’érythromycine chez N. gonorrhoeae continue d’augmenter et était présente chez 13,6 % (5 127 sur 37 769) de toutes les souches isolées entre 2000 et 2008. En 2000, on n’avait recensé que 12,5 % d’isolats (559 sur 4 458) résistants à l’érythromycine (figure 5). En 2007, le taux a augmenté à 24,9 % (1 064 isolats sur 4 278), puis a diminué encore à 16,7 % (653 isolats sur 3 907) en 2008. Sur les 653 isolats résistants à l’érythromycine caractérisés en 2008, tous étaient également résistants à au moins un autre antibiotique. Au total, 382 (58,5 %) de ces isolats ont été classés dans la catégorie NGRC.

Les souches présentant une CMI plus élevée pour l’érythromycine avaient également une CMI plus élevée pour l’azithromycine. On a observé une diminution du taux de résistance à la pénicilline entre 2000 et 2003 de 14,2 % (633 isolats sur 4 458) à 5,6 % (240 isolats sur 4 235) suivie d’une nouvelle augmentation à 12,8 % en 2008 (500 sur 3 907). La résistance à la tétracycline a suivi la même tendance avec une baisse de son taux entre 2000 et 2003 de 23,3 % (1 040 isolats sur 4 458) à 14,3 % (608 isolats sur 4 235), suivie d’une nouvelle hausse à 19,1 % en 2008 (746 sur 3 907) (figure 5).

Figure 5

Les souches de N. gonorrhoeae résistantes à l’azithromycine représentaient 0,15 % (58 sur 37 769) de toutes les souches isolées entre 2000 et 2008. Le mode des CMI de l’azithromycine est passé de 0,25 μg/mL en 2001 à 0,5 μg/mL en 2007 (figure 6). Chacun des 58 isolats résistants à l’azithromycine présente également une résistance à au moins un autre antibiotique (figure 7).

Figure 6

Figure 8

Sur les 10 080 isolats testés au LNM entre 2000 et 2008, aucun n’a révélé de résistance à la spectinomycine, au céfixime ou à la ceftriaxone. On a recensé au total 109 isolats de N. gonorrhoeae présentant une sensibilité réduite à la ceftriaxone et au céfixime entre 2001 et 2008 (figure 8). Dans trois isolats (un en 2004, un en 2007 et un en 2008), la CMI du céfixime était égale à 0,5 μg/mL, ce qui correspond à une sensibilité réduite selon les lignes directrices du CLSI. Ces isolats dont la CMI dénote une sensibilité réduite aux céphalosporines de la 3e génération ont été recensés dans plusieurs provinces du pays.

En 2001, de tels isolats ont été caractérisés en Ontario (n = 2) et au Québec (n = 1).

Entre 2003 et 2006, on en a observé en Alberta (n = 1), en Colombie-Britannique (n = 5) et en Ontario (n = 1).

En 2007, une augmentation de l’incidence de ces isolats n’a été observée que dans deux provinces, le Québec (n = 9) et l’Ontario (n = 5).

En 2008, 85 isolats ont été caractérisés au Canada (Ontario, n = 69; Colombie-Britannique, n = 9; Québec n = 6 et Nouveau-Brunswick, n = 1). Toutefois, d’après les tests effectués au LNM, le mode des CMI du céfixime et de la ceftriaxone s’est déplacé de 0,016 μg/mL en 2000 à 0,032 μg/mL en 2008 (figures 9 et 10). D’après des données préliminaires, la tendance au déplacement vers la « droite » des CMI s’est poursuivie en 2009 (données non indiquées). Ces résultats indiquent que les CMI de ces céphalosporines de la 3e génération sont appelées à augmenter avec le temps.

Figure 9

Figure 10

On a également procédé à l’auxotypage de tous les isolats. En 2005 et en 2006, la majorité des isolats étaient non auxotrophes (NA), à raison de 66,2 % et 57,4 % respectivement. Le deuxième auxotype le plus fréquent était l’auxotrophie pour la proline (AP), à raison de 25,9 % et de 37,8 % respectivement. En 2007 et en 2008, l’auxotrophie pour la proline est devenue l’auxotype le plus fréquent, à raison de 48,8 % et de 48,6 % respectivement, suivie de la NA à raison de 46,1 % en 2007 et de 46,4 % en 2008. Divers auxotypes ont également été caractérisés à une fréquence peu élevée, y compris l’auxotrophie pour la proline, l’uracile et l’hypoxanthine (APUH) à 6,3 %, l’auxotrophie pour l’ornithine (AO) à 3,5 %, l’auxotrophie pour l’hypoxanthine (AH) à 1,7 % et l’auxotrophie pour la proline et l’hypoxanthine à 1,4 % de tous les isolats examinés entre 2005 et 2008 (figure 11).

Figure 11

Le profil plasmidique des isolats NGPP, NGRT et NGPP/NGRT est indiqué à la figure 12. Le gène de la beta-lactamase était présent dans trois plasmides de taille différente, à savoir 3,05, 3,2 et 4,5 Md. Le plasmide de 3,2 Md était le type le plus répandu parmi les 140 souches de NGPP isolées entre 2005 et 2008, à raison de 66,4 %, suivi du plasmide de 3,05 Md à 24,3 %, puis du plasmide de 4,5 Md à 8,6 %. Ces plasmides coexistaient avec le plasmide cryptique de 2,6 Md et, parfois, avec le plasmide conjugatif de 24,5 Md. Le plasmide de 3,2 Md est également le plasmide codant pour la beta-lactamase le plus répandu dans les souches NGPP/NGRT, à raison de 56,4 %. Le plasmide de 25,2 Md qui code pour la résistance à la tétracycline (Tét M) coexistait avec les plasmides cryptiques dans la plupart des souches NGRT et NGPP/NGRT. Parmi les isolats de NGRT testés entre 2005 et 2008, 98,3 % contenaient les plasmides de 2,6 et de 25,2 Md. Les isolats de NGRT représentaient 75,9 % de l’ensemble de la résistance à médiation plasmidique chez N. gonorrhoeae entre 2005 et 2008 (442 des 582 souches de NGPP, NGPP/NGRT et NGRT).

Figure 12

Conclusion

Pour la gonorrhée, les lignes directrices canadiennes en matière de traitement recommandent la ceftriaxone par voie intramusculaire à raison de 125 mg en dose unique ou le céfixime par voie orale à raison de 400 mg en dose unique (8). Si la pénicilline et la tétracycline n’ont pas été utilisées dans le traitement de la gonorrhée depuis de nombreuses années, l’identification de phénotypes résistants à ces deux antibiotiques facilite cependant la surveillance de la sensibilité aux céphalosporines de 3e génération, puisque ces isolats présentent également des CMI plus élevées pour la ceftriaxone et le céfixime. Le suivi en continu de la sensibilité aux antimicrobiens de N. gonorrhoeae est important pour surveiller les changements au niveau de la prévalence des populations d’isolats résistants et leur propagation dans toutes les régions du pays. Ces données de la surveillance peuvent être utilisées pour anticiper la nécessité de réviser les lignes directrices en matière de traitement avant que la résistance ne devienne prévalente dans une région et qu’elle n’affaiblisse les mesures de lutte contre la gonorrhée.

Références

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  2. Barry, PM and Klausner, JD. The use of cephalosporins for gonorrhea: The impending problem of resistance. Expert Opin Pharmacother. 2009;10:555–577.
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  8. Public Health Agency of Canada. Canadian Guidelines on Sexually Transmitted Infections, 2008 Edition, Ottawa, Ontario. Available: http://www.phac-aspc.gc.ca/stdmts/ sti-its/guide-lignesdir-eng.php. Accessed: November 10, 2010.

Le présent rapport a été élaboré par :

Irene Martin - chef de section, Pam Sawatzky, Gary Liu, Michelle Boyd

Unité des streptocoques et des ITS,
Programme de bactériologie et de maladies entériques,
Laboratoire national de microbiologie,
Centre scientifique canadien de santé humaine et animale,
Agence de la santé publique du Canada
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